Article paru dans L'Alsace le 19/08/10

(Marlène, la responsable de l'atelier graphique. Photo Darek Szuster)
Interviewer Jean-Luc Wertenschlag sur Radio MNE, son histoire, ses rapports
avec Old School c’est s’embarquer dans une exploration de tout ce qui fait, ou
a fait, une certaine contre-culture mulhousienne et haut-rhinoise ces vingt,
voire trente dernières années.
D’abord, Old School, c’est en rapport avec le groupe La Vieille Ecole ?
« Total et absolu », répond l’intéressé : « L’asso s’est créé
autour du groupe de hip-hop, qui avait besoin d’une structure ». « Mais,
depuis, on a vécu plusieurs vies », enchaîne Jean-Luc, qui énumère :
« L’Arsenal fait sa loi », un festival « né grâce à (ou à cause de ?)
Jean-Marie Le Pen, a près les présidentielles de 2002 », et puis, en
partenariat avec d’autres structures, la manifestation « Elephonic »
(«pour le bruit utile »), dans les bistrots du centre-ville, la manifestation
« Récits tout terrain », qui a connu deux éditions, Paroles, un festival
de slam. Et puis, il y a eu toutes ces aventures avec des artistes locaux, la
production de quelques disques ( «mais on a abandonné, parce que les financeurs
n’ont pas voulu suivre »). Etc.
Slam et éducation aux media
Au passage, il faut quand même rappeler à Jean-Luc qu’il est aussi l’un des
fondateurs, avec la fédération Hiéro, du lieu de concerts mulhousien Le
Noumatrouff !
En marge des coups de coeur, qui continuent de fédérer les bénévoles d’Old
School, l’association s’est peu à peu lancée dans l’activité très structurée
des ateliers pédagogiques — écriture slam, éducation aux médias — qui
alimentent aujourd’hui une bonne part (avec l’apport de mécènes et de quelques
subventions) de son budget, sous forme de prestations de service :
« Ça s’est fait naturellement, raconte Jean-Luc, à partir de 2005, où nous
sommes intervenus pour la première fois dans les lycées, à l’invitation de la
Région et de l’académie, dans le cadre du Mois de l’Autre ». Si Old School
avait certainement tous les brevets d’anti-racisme nécessaires pour se faire
convier ainsi à ce grand œuvre, quid, par contre, de sa légitimité à
« éduquer aux médias » ? Il y a bien sûr, explique volontiers notre
homme, « tout l’aspect technique de la production radio », servie par des
expériences parfois très anciennes (Jean-Luc lui-même a démarré, il y a 25 ans
chez Dreyeckland, à Landser), « mais aussi éditorial et
journalistique » : « préparer un sujet, trouver un angle, faire un
micro-trottoir », savoir « qu’il faut travailler collectivement pour faire
une émission qui tient la route ». Et le voila soudain, en pleine explication,
rattrapé par un côté furieusement pédago : « Bénéficier du statut de
l’intervenant extérieur te permet parfois d’obtenir plus de résultats que
l’enseignant ». Dans les ateliers de slam, par exemple, « ce sont souvent
les derniers de la classe qui s’emparent de l’atelier pour se mettre en scène
et se faire reconnaître au-delà de leur position habituelle dans la notation
».
Retrouver le goût de dire
« Et, glisse encore Jean-Luc, ils ont le droit de dire des gros mots,
mais pas plus d’un par phrase : l’idée c’est de les laisser parler mais en
accompagnant leur expression sans la dénaturer, en l’adoucissant ». Le but
étant que « les gamins retrouvent le goût de dire, de lire, d’écrire
».
Les priorités d’Old School, aujourd’hui, c’est, toujours, former ses
animateurs, préparer la grille de rentrée de la web-radio (pour l’instant on
passe surtout de la musique et des rediff), fignoler l’ouverture de la
boutique, sise au rez-de-chaussée, tout près de la Porte Jeune, pour la fin de
l’année, mais aussi réfléchir à un atelier de réalisation vidéo, monter un
studio graphique, dont on mettra les compétences à la disposition de petits
structures sans beaucoup de moyens, bref, continuer ce travail, en réseau, où
se mêlent bénévolat et professionnalisme, bonne volonté et compétences, au
service d’une meilleure entente entre les goûts, les générations et contre les
idées reçues.
RENDEZ-VOUS. Une réunion ouverte à tous les gens qui veulent faire de la
radio, le 31 août à 18 h 30, au siège d’Old School : 53, av. Kennedy
Mulhouse
Texte: Luc Marck