Pourquoi Old School n'a pas renouvelé le contrat d'Alexandra
Weisbeck
Suite aux décisions que l'association Old School a été contrainte de
prendre ces dernières semaines, des rumeurs urbaines ou des jugements par
défaut circulent. Il nous paraît donc important d'expliquer la situation de
La Vitrine et les raisons pour lesquelles nous n'avons pas renouvelé le CDD
d'Alex. Ce n'est pas par plaisir, tentation de jouer une fois dans sa vie au
méchant C.A. ou par cruauté que l'association a décidé de ne pas poursuivre
un des deux contrats de la Vitrine, celui d'Alex Weisbeck, membre du C.A. de
l'association et pilier de la mise en place de La Vitrine. De même, mais nous
reviendrons sur cela, ce n'est pas une situation qui est tombée du ciel et du
jour au lendemain. Nous souhaitons en toute transparence donner l'ensemble des
éléments qui permettent de comprendre la situation et la décision. Et ainsi
laisser chacun dans son libre arbitre et dans sa capacité à aider le projet.
Au 1er septembre 2011, la réalité est la suivante : le projet La Vitrine
est déficitaire de 12 000 € depuis son lancement. Pour comprendre, nous allons
rappeler l'origine et l'historique du projet, puis détailler le budget de
l'activité.
Historique
Au 1er janvier 2010, l'association Old School obtient sous forme de
mécénat le local commercial du 53 avenue Kennedy. Après diverses hypothèses
(location pour réunion associative, local de formation associative, etc,
etc...), il est décidé d'en faire la vitrine des créateurs mulhousiens,
l'expression d'une dynamique entre eux et leur ville, un espace de vente qui
jusque-là n'existait pas. Nous pensons que Mulhouse et son secteur regorgent
de créateurs et d'artistes de talent, qui ne sont pas fédérés, qui n'ont
pas de lieu qui les valorise au quotidien. Nous voulons prouver que leurs
créations peuvent trouver un écho auprès d'amateurs, de curieux, du grand
public, en inventant un nouveau lieu. Nous décidons de créer un poste en
contrat aidé. Après plusieurs entretiens d'embauche, le choix se porte sur
Alec Boillot pour un contrat de 24h par semaine, l'accompagnement devant se
faire de manière bénévole pour les autres interventions, en impliquant les
artistes qui souhaitaient faire vivre ce lieu. Plusieurs membres du C.A., des
artistes ainsi que Jean-Luc Wertenschlag (JLW) s'entretiennent avec Alex
Weisbeck afin qu'elle s'implique plus et prenne en charge le projet. Il est
alors décidé - ce qui n'était pas prévu au départ - de créer un deuxième
poste pour qu'elle se consacre entièrement à ce projet dans le cadre d'une
gestion autonome et libre. Prendre ce risque financier pour garantir une mise
en place réussi nous a semblé normal. Et nous nous regrettons pas notre
choix. La Vitrine a ainsi ouvert fin novembre 2010, et c'est ce lieu que vous
connaissez, que nous aimons, et que nous souhaitons voir continuer à se
développer.
À la fin des contrats, au bout de six mois, nous les avons renouvelé en
renforçant au niveau horaire celui d'Alex. Durant les précédents C.A., il a
été soulevé que la Vitrine était déficitaire, que l'enjeu prioritaire
n'était pas pour l'instant l'équilibre, mais qu'il fallait y tendre. Ainsi,
au vu des nécessités, un renforcement horaire devait permettre de travailler
sur les solutions économiques et les liens avec des partenaires à Bâle, à
Freiburg et à Strasbourg, ainsi qu'avec « les rendez-vous de
Juliette » à Colmar et « le Balcon » à Belfort. Cette prise de
risque financière supplémentaire était connue, les premiers chiffres et les
pertes cumulées aussi. Alex et Alec ont bénéficié d'une confiance et d'une
liberté totales dans la mise en place de leur activité. Ils ont fait à leur
guise, organiser ce qu'ils voulaient, sans avoir besoin d'un quelconque accord,
tandis que 90% de ce que nous proposions n'a jamais été suivi d'effet, sans
reproche particulier pour autant. Lors des différents réunions jusqu'à celle
du 27 mai 2011, lorsque la discussion était possible, le C.A. a toujours
proposé des actions, des pistes et souligné que si les résultats autres que
financiers étaient clairement positifs, il fallait absolument travailler sur
les rentrées d'argent pour inverser la tendance. Lors du C.A. du 27 mai 2011,
pour la première fois, les administrateurs ont demandé des solutions, en
précisant qu'à partir de septembre, c'est-à-dire après un an de mise en
route du projet, le déficit cumulé s'élèverait à 12 000 euros. Une somme
importante pour une petite association comme Old School, on ne pouvait plus
continuer sans réagir.
Budget
Pour mémoire, les recettes moyennes mensuelles de La Vitrine sont d'environ
4000 € : 1000 € de mécénat, 1000 € d'aide à l'emploi et 2000 € de
ventes. Les dépenses, supérieures à 5000 € par mois, conduisent à la perte
évoquée. Elles se décomposent de la sorte : 300 € de charges de
fonctionnement (électricité, assurance, taxes, Sacem, etc.), 1000 € de loyer
(compensés par le mécénat), 1400 € reversés aux artistes (prélevés sur
les paiements des acheteurs) et 2500 € de salaires et cotisations sociales. Il
n'y a pas d'autres charges importantes... Prolonger ce système nous amenait de
manière inéluctable à une perte de 6000 euros supplémentaires sur les
prochains mois. De plus, notre mécène s'est engagé jusqu'en décembre 2011
seulement, et les aides à l'emploi diminuent régulièrement pour disparaître
début 2012. L'association est économiquement fragile, il était irresponsable
de ne rien changer, de continuer à creuser un gouffre financier. Il fallait
prendre une décision d'urgence. Et il nous faut aujourd'hui repenser certains
fondamentaux.
 La demande du C.A. à Alex et Alec est restée sans suite entre le 28 mai
et le 12 septembre 2011, date du conseil d'administration suivant. Aucune
solution n'a été proposée, aucun débat ni échange d'idée, aucune piste
proposée. Nous nous sommes donc retrouvés au moment de prendre des décisions
dans un vide étonnant et un mutisme incroyable vis-à-vis d'une
responsabilité claire. Nous avions laissé toute liberté de programmation,
d'organisation et de choix financier à l'équipe de la Vitrine. Nous ne
regrettons pas cette confiance, mais notre responsabilité nous a obligé à
tenir compte de la réalité des résultats financiers. Être responsable n'est
pas simple, c'est vrai, mais il faut l'être... La situation des associations
au plan national est catastrophique cette année. De notre côté, nous avons
décidé en priorité de nous recentrer sur l'éducation aux médias et de
mettre d'équerre la situation financière de La Vitrine. Continuer sans rien
changer, c'était sans aucun doute signer la fin de l'ensemble des activités,
ateliers, Vitrine, radio et autres. Aujourd'hui nous pouvons dire qu'aucune ne
s’arrête et qu'il revient à tous de les rendre pérennes. Donc soyons
clairs : lorsqu'il a fallu prendre une décision, nous avons choisi de ne
pas renouveler le contrat le plus important (30h par semaine) et le plus
coûteux (de l'ordre de 900 € par mois, aide de l'État déduite). Nous avons
également constaté une impasse personnelle et fonctionnelle entre JLW et
Alex. Ceci les regarde mais ne peut mettre en danger le projet associatif.
C'est donc un élément supplémentaire dans la décision. Mais c'est à eux de
régler ce qui semble être le problème d'Alex avec JLW, et que nous ne
pouvons rien faire. Sauf discuter avec eux, ce que nous avons tous fait. Pour
autant, si nous ne pouvons renouveler le contrat d'Alex, ce n'est absolument
pas une mise à la porte du projet. Nous souhaitons tous qu'elle continue à
organiser des expos qui lui font plaisir (comme l'actuelle de Marie Meier),
qu'elle poursuive ses actions en tant qu'artiste. Cependant, vu la brutalité
dans laquelle nous avons été contraints de prendre la décision, nous
comprenons qu'elle souhaite prendre un peu de recul.
Alors on peut toujours penser que c'est abject, bas, coupable, crapuleux,
dégoûtant, honteux, ignoble, immonde, inavouable, indigne, infâme, infect,
innommable, inqualifiable, lâche, méprisable, odieux, repoussant, répugnant,
sans nom, scandaleux, sordide, vil, vilain, et que c'est manipulation et
compagnie, mais vous avez sous les yeux chiffres, rapides éléments facilement
démontrables et périodes clés. Et surtout vous ne pouvez pas continuer à
croire que c'est arrivé du jour au lendemain. L'annonce de la fin du contrat
oui, mais la responsabilité ne nous revient pas complètement quand quelqu'un
est libre d'organiser son travail et son activité comme il veut, dans un
fonctionnement totalement personnel et sous sa propre responsabilité.
Et maintenant ?
Nous travaillons actuellement à imaginer la suite de l'aventure de la
Vitrine, comment passer le cap crucial du 1er janvier, comment valoriser encore
plus les artistes et les créateurs, mais nous ne savons pas encore comment. Ce
qui est sûr c'est que nous le voulons. Ainsi, si vous trouvez la situation
anormale ou amorale, nous vous faisons deux propositions claires :
1. Proposez-nous des solutions réalistes, pour ne pas devoir prendre une
telle décision, et surtout pour permettre la continuation sereine du projet
Vitrine
2. Si vraiment c'est pour vous une décision insupportable, alors nous avons
une idée simple : si vous payez de l'impôt sur le revenu, ou bien si
quelqu'un autour de vous en paie, et bien aidez-nous en mécénat pour la
Vitrine et pour les créateurs. 1000 € de don vous coûteraient seulement 340
€ ! 12 personnes qui donnent 1000 € amèneraient 12000 € : avec cette
somme, nous résorbons le déficit et nous pouvons réinvestir dans le projet.
Avec le double, nous pouvons reprendre deux postes pendant un an.
Donc, si c'est vraiment une mauvaise solution que nous avons prise, vous
avez la possibilité d'inverser la tendance, avec des idées ou des dons. Si
vous n'apportez ni l'un ni l'autre, il nous semble que vous n'avez aucune
légitimité à faire quelque critique que ce soit, et encore moins la morale,
sur une décision que nous n'avons pas prise de gaîté de coeur, que nous
n'avons pas fui et que nous sommes prêts à remettre en cause si le contexte
nous le permet.
Sincèrement,
Old School le 24 septembre 2011