L’esprit « village » de l’Arsenal
Par JLW le mercredi 19 septembre 2007, 16:39 - ReVu de Presse - Lien permanent
Article paru dans le Journal L'Alsace le 19
septembre 2007
C’est une artère commerçante à part, avec une vraie personnalité. Mais
la rue de l’Arsenal semble partagée par une frontière invisible. D’un côté, on
sourit, de l’autre, on râle.
« Vers 1900, la rue de l’Arsenal, c’était vraiment le centre-ville,
c’était la rue du Sauvage de l’époque », assure Gérard Boos, le créateur du
salon de coiffure éponyme, aujourd’hui tenu par son fils Jean-Philippe. Un
salon qui ne remonte pas à 1900, mais qui affiche tout de même une trentaine
d’années au compteur. Avec le restaurant Saüwadala et quelques autres, Coiffure
Boos est l’une des institutions de cette rue en courbe douce, qui part de la
place de la Concorde, actuellement en plein chantier, et débouche avenue
Kennedy.
La rue de l’Arsenal possède une vraie unité architecturale, avec ses immeubles
anciens aux façades colorées. Tout le long, les petits commerces de toutes
sortes s’égrènent. Pas de grandes enseignes, pas de franchisés : c’est une
rue commerçante différente. « Elle a une vraie identité, confirment
Solange Schulmann et Jeanne-Marie Jan, de la boutique Artisans du monde. On s’y
plaît. En s’installant ici, on a attiré une nouvelle clientèle car la rue est
très passante… » Piétonnisation demandée
« Sympa », « beaucoup de charme », avec un « esprit
village » pour les uns, « un peu parisienne » selon un autre
avis, la rue recueille de nombreux satisfecit. Mais quelques reproches sont
récurrents : manque de stationnement, problème de circulation.
« Depuis que le parking Buffon est payant, il y a moins de passage »,
constate ainsi Ahmet Tolu, du doner kebab El Bistal. La concentration en
restaurants et bars fait de la rue de l’Arsenal l’une des artères de la ville
qui s’anime le soir. Animation toute relative, comme le fait remarquer avec
ironie Bertrand Lepabic, cuisinier au restaurant Noti, ouvert depuis un an et
demi. « On ne peut pas dire que ce soit vraiment animé, regrette-t-il. Et
si ça bouge, les riverains se plaignent. » Éternel problème mulhousien…
« Cette rue a une image sympathique, mais ça pourrait être mieux. Et puis,
il ne devrait pas y avoir de voitures. » Si la demande de piétonnisation
revient souvent, elle ne recueille pas l’unanimité des commerçants.
Une frontière invisible, à l’angle rue des Franciscains/rue de la Loi semble
couper l’artère en deux. En effet, en se rapprochant de l’avenue Kennedy,
l’ambiance change, les mécontents apparaissent. Ainsi, Nabil Toua, de la
boutique Animal center, fait part de sa colère en brandissant la lettre qu’il
vient d’envoyer au maire. Principal grief : le stationnement, devenu
payant dans les rues alentours : « Et puis ils ont sacrifié quelques
places pour une piste cyclable que personne n’emprunte. La rue de l’Arsenal est
en train de mourir économiquement », assure-t-il en prenant l’exemple de la
boulangerie La gerbe d’or qui vient de mettre la clé sous la porte. « Les
agents du stationnement guettent le moindre truc. Et les bars, dès qu’ils font
un peu de bruit, on leur envoie les flics… » Même son de cloche, mais avec
encore plus d’acrimonie au bureau de tabac Holbein. « Si on pouvait
partir, on partirait. Le tram m’em… L’insécurité devient pénible, ça braille,
ça se bagarre », râle le buraliste, en jetant un œil plein de sous-entendu vers
la Grand-rue toute proches.
La rue de l’Arsenal, décidément, ne recueille pas l’unanimité.
Hélène Poizat

Bertrand Lepabic, du restaurant Noti, fait partie des commerçants favorables à
une piétonnisation.
Photo Hélène Poizat