Le « coup de frime » d’un grand pudique - Article paru dans l'Alsace, le 01/12/2011 par Sylvain Freyburger
Par Ronette le jeudi 1 décembre 2011, 11:53 - La Vitrine - Lien permanent

Sined, alias Denis, et Marie présenteront vendredi la nouvelle perle du
talentueux rouquin mulhousien à la Vitrine. Photo S.F.
Le très singulier Sined présente son nouveau CD « Live in Auckland »,
vendredi à La Vitrine. Cinq titres qui dévoilent une facette extravertie et
décalée de l’œuvre de l’artiste mulhousien.
En voilà un qui maîtrise comme peu d’autres l’art de l’hypnose sonore, du
magnétisme trouble que peut exercer une rythmique répétitive, charriant un
phrasé posé de prophète rock. Dans l’incertaine lignée de groupes comme Joy
Division ou Suicide, ou d’Alain Bashung période Play Blessures, le Mulhousien
Denis Scheubel laboure sans relâche un sillon très personnel, et ce en toute
discrétion. Faisant suite à une flopée de projets, l’album Bruit roux, publié
en 2007, cristallisait pourtant le meilleur de l’inspiration de son auteur,
désormais connu sous le nom d’artiste de Sined. Les culbutes verbales semblent
se fondre et se renouveler dans les paysages sonores brumeux, à la lisière du
rêve éveillé, de cette œuvre étonnante, suggérant par endroits une manière
inédite de faire sonner la langue française et d’envisager la notion de
« poésie sonore ». C’est pourtant avec un mini-album 100 % anglophone
que Sined revient aujourd’hui aux devants de l’actualité discographique locale.
« L’anglais m’attire de plus en plus, ça me permet de m’exprimer de
manière à la fois plus pudique et plus directe », explique l’artiste. Une
manière paradoxale de mettre de la distance dans son travail ? Histoire
d’en rajouter encore un peu, ce Live in Auckland a, comme son nom l’indique,
été enregistré en Nouvelle-Zélande, dans un petit club, devant un public plus
ou moins attentif… « Ça s’appelait le Club One, précise le malicieux
rouquin. Mais inutile de le rechercher, il a brûlé depuis ! » Soit. En
tout cas, le travail de mise en scène sonore, effectué avec le fidèle Rémy Bux,
est bluffant : il est conseillé d’écouter le CD au casque pour se plonger
dans une ambiance « live » vibrante et accidentée, plus vraie que
nature. Avec l’impression de recevoir une carte postale écornée, venue de
l’autre bout du monde. Drôle d’objet. À un mètre du sol « Cet album, c’est
un coup de frime… Parce qu’en concert, tu te retrouves à un mètre du sol et
t’as intérêt à l’assumer. C’est inexplicable, tu te retrouves dans des états
que rien ne peut remplacer. » D’où le côté extraverti de cet assortiment
de blues branlants, malmenés par des boucles électroniques qui s’entrechoquent,
des dérapages de guitares noisy, des chutes abruptes… « On a fait du neuf
avec du vieux, commente Marie, qui joue de la guitare basse sur ce Live in
Auckland. On a utilisé des boucles et des textes que Denis avait laissés de
côté ». Et, en toute logique, on a invité Johnny, « le maori du coin », à
poser sur la couverture.
Y ALLER Sined présente « Live in Auckland », vendredi 2 décembre à partir de 17 h, à la Vitrine, 53, avenue Kennedy à Mulhouse.