article paru dans les Dernières Nouvelles d'Alsace le
1er juin 2007 - [www.dna.fr]
Que faire en ville une fois le soleil couché ? Pas grand chose, si on
en croit les noctambules mulhousiens. Le sujet a été longuement débattu
mercredi soir au café Rey.
Luc Gwiazdzinski l'avait rappelé en préambule : la nuit est le moment
idéal pour refaire le monde. Ça tombait plutôt bien. L'objectif de la soirée
n'était-il pas de dresser un état des lieux des nuits mulhousiennes ? A
vrai dire, chacun savait qu'il ne s'agissait là que d'une première étape.
Un réél malaise chez les acteurs de la nuit
D'évidence, la situation n'est guère reluisante, et c'est plus un remède
qu'un constat qui s'impose. « Le simple fait de se réunir pour parler des
nuits à Mulhouse est assez accablant », devait noter un intervenant. Bars
fermés, rues désertées... L'euphorie qui s'était emparée de la ville à la fin
des années 90 semble loin. Provoqué dans le cadre du festival Elephonic #2, ce
débat public était alimenté par le chercheur-géographe Luc Gwiazdzinski :
autant dire le « M. Nuit » des grandes métropoles européennes, à
l'origine d'opérations comme les nuits blanches parisiennes. Délimitations des
terrasses, autorisations de concerts refusées, normes incompréhensibles... Sans
surprise, les chicaneries administratives subies par les patrons de bar ont
dominé les débats. Certes, ni Jean-Marie Bockel ni Michel Samuel-Weis n'étaient
là pour répondre. Mais contrairement à l'an dernier où seule Cléo Schweitzer
avait fait le déplacement, la municipalité était cette fois représentée par
l'adjointe chargée des relations avec les commerçants : Christiane Eckert.
Pierre Freyburger, Djamila Sonzogni et Cléo Schweitzer étaient également
présents.
L'adjointe a vite opposé aux gérants le nécessaire respect des
réglementations, tout en rappelant que son bureau restait ouvert à tous. Un
point qui n'a d'ailleurs été démenti par personne. Reste que ces discussions
toujours courtoises semblaient révéler chez les acteurs de la nuit un réel
malaise. Voire une certaine peur. Jean-Luc Wertenschlag n'a d'ailleurs pas
mâché ses mots en accusant la municipalité de freiner les initiatives, allusion
claire à l'annulation de L'Arsenal fait sa loi (imputable selon l'intéressé à
un refus de subvention, et selon Christiane Eckert au retrait volontaire d'Old
School). De part et d'autre, la bonne volonté semblait toutefois l'emporter.
« Je suis tout à fait prête à travailler sur un état des lieux de la nuit.
D'accord, nous avons notre part de responsabilité, mais j'attends de la part
des représentants de la nuit des propositions. Je regrette souvent que lorsque
je demande des choses un peu organisées, rien ne vient. La Ville ne peut pas
tout faire », a conclu l'adjointe. Elle s'est par ailleurs dite partisane de
l'ouverture des discothèques jusqu'à 6 h et des bars jusqu'à 3 h. Mais là, la
décision ne peut venir que de la préfecture, qui s'y est selon elle toujours
refusée. Reste que le monde de la nuit ne se limite pas aux bars. Et la soirée
a aussi été l'occasion de poser quelques questions restées pour l'instant sans
réponses. Où diable les 6 500 étudiants dont l'UHA s'enorgueillit passent-ils
leurs soirées ? Peut-on encore manger après 22 h 30 ? Quelle épicerie
vous dépannera encore à minuit ? A partir de quelle heure est-on condamné
à rentrer à pied, faute de tramway et de taxi ? Pourquoi se sent-on
(souvent à tort) en insécurité dans certains quartiers ?
Pour ceux qui estiment ces préoccupations accessoires, Luc Gwiazdzinski a
vite remis les pendules à l'heure. Oui, la vie nocturne est une composante
essentielle de l'attractivité d'une ville. Oui, toutes les expériences ont
montré que le développement d'activités nocturnes réduisait la
délinquance : la politique du « couvre-feu », loin de l'empêcher, la
favorise. Dès lors, pourquoi ne pas ouvrir gymnases et centre socioculturels
jusqu'à minuit, comme à Barcelone ? « Quand on s'emmerde, qu'on n'a
pas de fric et qu'on est coincé dans un ghetto, on fait des conneries », devait
résumer Djamila Sonzogni.
Où diable les étudiants passent-ils leurs soirées ?
Et maintenant, quelles solutions ? La proposition de Luc Gwiazdzinski
(formulée l'an dernier mais restée sans réponse) d'organiser avec les élus une
traversée de nuit de Mulhouse a été reçue favorablement par Mme Eckert. Et dans
l'immédiat, le principe d'une réunion au courant du mois de juin semble
acquise. Elle pourrait se tenir à la mairie et rassembler, outre Luc
Gwiazdzinski et les élus, des responsables du Quai et de l'UHA. A suivre...
Jean-Michel Lahire
© Dernières Nouvelles D'alsace, Vendredi 01 Juin 2007. - Tous droits de
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La dernière édition de l'Arsenal fait sa loi remonte à l'été 2005. Selon
Christiane Eckert, l'opération devrait reprendre cette année sous l'égide des
seuls cafetiers. (Photo d'archives DNA - Sébastien Bozon)